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Mémoire de recherche -- Reflextion on Karate-Do Teaching

Par
Shihan ALILOUCHE Boualem

L’histoire du Karate-Do Shotokan

Okinawa, le berceau du Karate

KWF AlgeriaOkinawa, signifie corde sur l'océan, est l'île principale de l'archipel des îles Ryukyu au sud du Japon. Point de rencontre traditionnel des cultures chinoise et japonaise, l’île d’Okinawa devint l’endroit ou naquit la forme du combat à mains nues. Durant la domination japonaise sur Okinawa, l’emploi des armes fut prohibé, ce qui obligea les habitants à mettre au point des méthodes particulièrement efficaces de combat en se servant uniquement de leurs poings, de leurs pieds, et aussi d'instruments aratoires. c'est pourquoi l'application de certaines techniques de karate sont aujourd’hui difficiles à expliquer : elles servaient à l’origine, à combattre contre des sabres, des lances, des naginatas ... etc.

Un mélange de formes locales de combat ou encore importées d'ailleurs, finit par donner naissance à la méthode appelée Okinawa-te, qui se développera suivant trois styles de base; Shuri-te, Naha-te, et Tomari-te. De la ressortiront les écoles suivantes : celles de Miyagi Chojun fondateur du Gōjū-ryū, de Mabuni Kenwa père du Shito-ryū, de Nagamine Soshin un des pères du style Shorin-ryū et de Funakoshi Gichin qui créa le Shōtōkan-ryū. En 1902, le gouvernement d’Okinawa introduit l'Okinawa-te dans les écoles secondaires. Itosu Yasutstune devient le premier instructeur. Par la suite, plusieurs maîtres iront enseigner leur art martial hors de l'île. Sensei Funakoshi fut un de ceux-là.

Chatan Yara (1668 - 1756)

Né à Chatan un petit village d'Okinawa, il est considéré un des tout premier maitre de Te à Okinawa. La famille Yara n'est pas commerçante, mais associée à la royauté de Ryukyu et surveillant des écuries royales. Son titre complet est  « Yara chikudun-ueepeichin », les parents de Yara, l'auraient envoyé en Chine, quand il avait 12 ans, pour qu'il étudie le chinois et les arts martiaux. Ce serait un maître chinois du nom de Wong Chung-Yoh qui lui aurait enseigné le maniement du Bō (le bâton long), et des Saï (les poignards tridents). Peu après son retour à Shuri, vers 1700, il secourut une femme agressée par un samouraï. Il a d'abord évité l'attaque au sabre du samouraï. Puis, il s'empara d'une rame sur une barque proche, à l'aide de laquelle il désarma et tua le samouraï. Quelque temps plus tard, ce sauvetage étant parvenu aux oreilles des officiers locaux, ceux-ci l'on recruté pour qu'il enseigne son art martial à la communauté, pour que les gens puissent se défendre.

Il fut l'un des maîtres de Peichin Takahara, qui fut lui-même un des maîtres de Kanga Sakugawa. Par la suite, il aurait lui-même enseigné à Sakugawa.

Takahara Shinun Ho (1683 - 1760)

KWF Algeria, Takahara Shinun HoNé dans le village d'Akata, province de Shuri, Okinawa, il était un moine bouddhiste Shaolin, astronome, cartographe et expert en arts martiaux. Il était issu d'une famille de la haute société féodale okinawaienne, et avait donc une très bonne éducation.

Chatan Yara était un de ses Maîtres et "Tode" Sakugawa, son principal disciple.

Il voyait les Arts Martiaux comme un mode de vie et il est considéré comme étant le fondateur de l'Okinawa-Te (Te signifie main). Il accordait une importance primordiale aux katas et à leur signification. Selon lui, les katas étaient des outils efficaces pour comprendre et tester les techniques de combat.

Il établit une "éthique" du parfait combattant, en trois points:

- Ijo : Compassion, humilité, et modestie.
- Fo : sérieux, dévotion, et renoncement.
- Katsu : compréhension profonde de l'essence des techniques.

Vers la fin de sa vie le Titre honorifique de "Peichin" lui fut accordé par le roi, pour services rendus au pays.

Kanga Sakugawa (1733-1815)

KWF Algeria, Kanga Sakugawané à Shuri, dans le royaume de Ryūkyū (ancien nom de l'archipel d'Okinawa). Il a joué un rôle majeur dans le développement des arts martiaux car il est à l'origine du karaté que nous connaissons aujourd'hui.

En 1750, il devint le disciple d'un moine bouddhiste du nom de Peichin Takahara, qui lui enseigna le Shuri-te (littéralement « la main de Shuri »), un des deux grands styles dominants d'arts martiaux de l'île avec le Naha-te. Au bout six ans, estimant qu'il n'avait plus rien à lui apprendre, Peichin Takahara lui suggéra de suivre l'enseignement de Kushanku, l'ambassadeur de l'empire chinois Ming à Okinawa. Kushanku, passé maître dans le kung-fu Shaolin, l'accepta comme disciple pendant six ans également. Fit ensuite plusieurs voyages en Chine pour compléter sa formation. À son retour, il devint pendant quelque temps le disciple de Chatan Yara, qui avait été un des maîtres de Peichin Takahara.

Kanga Sakugawa devint finalement un tel expert qu'il fut surnommé « Tō-de » Sakugawa, ce qui signifie Sakugawa « main de Chine ». Son plus célèbre disciple fut Sōkon Matsumura, le fondateur du Shōrin-ryū.

Matsumura Sokon (1798-1890)

KWF Algeria, Matsumura SokonSurnommé le guerrier (Bushi), Matsumura est né en 1798 dans la ville de Shuri sur l'île de l'Okinawa. Expert de l'Okinawa-te de style Shorin, il a eu comme maitre d'arts martiaux Kanga Sakugawa. Il a travaillé comme officier et garde du corps pour les trois derniers rois des Ryukyu. Il a habité en Chine autour de l'année 1830. À son retour à Okinawa, il fonde son école et commence à enseigner son style, le Shorin-ryu Gosoku-an Karate (Karate Shaolin pour la défense de la patrie),une forme chinoise modifiée. Parmi ses étudiants les plus connus nous pouvons nommer Kyan, Yabu, Itosu et Azato. De temps en temps il enseignait aussi à Funakoshi. Cependant, sa plus grande influence s'est faite par le biais des deux Maîtres Azato et Itosu. Selon Matsumura, si vous voulez comprendre l' essence des arts martiaux, vous devez étudier intensément.

Azato Yasuzato (1828-1906)

KWF Algeria, Azato Yasuzatoun des meilleurs disciples de Matsumura, Azato est reconnu grâce au fait d'avoir enseigné à Funakoshi.

Pourtant il était considéré comme le plus grand expert de karate de son époque lorsqu'il a commencé à enseigner à Funakoshi. Ce dernier commence la pratique de l’Okinawa-te vers l'âge de 15 ans avec Azato, qui est le père de son maître d'école. À l’époque, l’art martial d’Okinawa n’était pas enseigné au grand public. Les cours ont lieu la nuit clandestinement, loin des regards indiscrets. Son apprentissage se déroule d'une façon traditionnelle pour l'époque. Il s'agissait alors de pratiquer un seul exercice et de passer au suivant uniquement lorsque le Maître estimait que le karatéka était capable de le réaliser parfaitement. L'apprentissage d'un kata pouvait ainsi durer plusieurs années. Un kata en trois ans était une expression coutumière dans les anciens budos. Adepte de l'art du sabre de l'école Jigen, c’est de lui que nous vient un des préceptes du niju kun; Considérez les bras et jambes des gens comme des épées.

Itosu Yasutsune (1830-1915)

KWF Algeria, Itosu Yasutsuneplus connu sous le nom de Ankō Itosu est le véritable père du karaté moderne, bien que ce même titre soit souvent attribué à Gichin Funakoshi qui rendra le karaté populaire à travers tout le Japon. L'année de naissance d'Itosu serait selon différentes sources 1830 et mourut en 1915. Bien qu'il n'ait pas inventé le karaté, sa codification des katas qu'il apprit de son maître Sokon Matsumura et la large dissémination de son enseignement chez des maîtres de divers traditions en font une figure de proue du karaté. Le style de karaté d'Itosu fut bien vite connu sous le nom d'itosu-ryū en reconnaissance de son adresse et sa maîtrise.

Gichin Funakoshi, fondateur du karaté shōtōkan, était élève direct d'Itosu. Et aussi, tant Kenwa Mabuni (fondateur du Shitō-ryū) que Chōjun Miyagi (fondateur du gōjū-ryū) furent influencés et par Itosu et par Kanryō Higaonna. Un autre élève influent d'Itosu fut le maître de Shorin-ryū Chibana Shōshin. Ce dernier est considéré comme le successeur d'Itosu.

Ankō Itosu fut secrétaire du dernier roi de Ryūkyū avant que le Japon n'abolisse la monarchie d'Okinawa en 1879. En 1901, il fut à la base de l'introduction du karaté dans le programme scolaire des écoles d'Okinawa et créa les pinans comme base d'apprentissage pour les écoliers. En octobre 1908, Itosu écrira Les 10 préceptes du karaté (Tode Jukun), lettre très influente qui dépassera les frontières d'Okinawa pour atteindre le cœur du Japon et attirer l'attention du Ministre de l'Education et du Ministre de la Guerre.

Funakoshi Gichin (1868-1957)

KWF Algeria, O Sensei Funakoshi Gichin Gichin Funakoshi est considéré comme le Père du karaté moderne. Importateur du karate-dō au Japon et créateur du style Shōtōkan, il a fait évoluer la forme initiale du karate d'Okinawa. C'est pourquoi, il est perçu comme un fondateur dans beaucoup de dojos sur la planète. Fils de Tominakoshi Gisu, il est né dans les premières années de la période de restauration Meiji, dans la contrée de Yamakawa, à Shuri, sur l'île d'Okinawa. Enfant chétif, il s'initie à l'art de combat des Ryukyu auprès de différents maîtres. À cette époque les arts martiaux était interdits par le gouvernement, et les entraînements avaient lieu secrètement la nuit.

Son premier poste à 21 ans, fut celui d’instituteur adjoint dans une école primaire. Plus tard, une promotion l’amenera à travailler à Naha. «Ce fut la plus grande chance qui me laissa le plus de temps et de possibilité de pratiquer le karate».Devenu maître d'école, il enseignera durant le jour et poursuivra la pratique du karate le soir, chez Maître Azato.

Funakoshi rencontre ensuite Maître Itosu au début du 20 ième siècle. Il participe avec lui à la première démonstration officielle d'Okinawa-te, rapidement suivie par d'autres à travers tout le Japon. Les japonais présents furent si impressionnés qu'ils lui demandèrent de rester au Japon pour y enseigner sa technique. Dès le début des années 1920, le karate fut implanté dans les écoles élémentaires japonaises. C'est à cette époque qu'il changera son nom de famille Tominakoshi pour Funakoshi, le mot Funa étant un diminutif signifiant ; qui traverse l'océan en bateau.

La popularité grandissante du karate incita de nombreux autres experts d’Okinawa à venir enseigner leur style au Japon. Bien que les techniques puissent différer, le karate de ces maîtres obéissait aux mêmes principes de base. Le succès qu'il rencontre alors, le convainc de s'installer à Tōkyō et d'y commencer le développement du karate en passant par les universités pour parvenir à ses fins. En 1922 Funakoshi fonde son propre style, l’Okinawa-te, qui deviendra par la suite Shōtōkan. En 1924 il ouvre son premier club. Trois ans plus tard il en aura quatre supplémentaires.

De son école sortent de célèbres maîtres : Ohshima, Obata, Harada, Egami, Otsuka, Nakayama, Nishiyama, Kase, Ibusuki ... etc.

KWF Algeria, O Sensei Funakoshi, Obata, Nakayama, Nishiyama, Kase et Ohshima
1951, O Sensei Gichin Funakoshi avec ses élèves à l’université de Waseda, parmis eux : Obata, Nakayama, Nishiyama, Kase et Ohshima

À l'époque Shōtōkan désignait le nom de son dojo et non celui du style. Shōtō étant le nom de plume qu'avait adopté Maître Funakoshi pour signer ses poèmes.

Funakoshi écrirva plusieurs livres sur le karate dont le plus important se nomme Karate-dō Kyōhan, texte d'enseignement du Karate-dō.

La première édition de ce livre parut en 1922. Son auteur, Maître Funakoshi ne cessa, jusqu'à sa mort d'en compléter et d'en corriger le contenu. C'est Hoan Kosugi, un artiste japonais très connu, qui a convaincu Funakoshi de publier ce premier livre Cette oeuvre, dont la portée est immense, représente le document le plus élaboré qu'on n'ait jamais écrit sur le karate à cette époque. Il est également l'auteur d'autres ouvrages, tels que Karate-dō Nyumon, Karate-dō, Ichiro, Ryū Kyū kempō; Karate détruit en 1923, et Rentan Goshin Karate Jutsu, qui est une nouvelle version du premier.

Il ne retournera jamais à Okinawa et meurt le 26 avril 1957 à l'âge de 89 ans.

Funakoshi Yoshitaka (1906-1945)

KWF Algeria, Sensei Funakoshi YoshitakaYoshitaka a poursuivi la recherche que son père cessa vers l'age de 70 ans, il introduisit des nouvelles techniques comme le yoko-geri, le mawashi-geri et le ushiro-geri. Reprenant l'idée que Maître Otsuka avait émise quelques dix ans auparavant, Yoshitaka introduisit la notion de kumite. Le ippon kumite s'est étendu au jyu ippon kumite, puis au jyu kumite. À cette époque le karate était uniquement un budō. Il existait bien une forme du shiai, le kokan geiko qui était l'ancêtre de la compétition actuelle.

En 1945, sa santé se dégrade, Yoshitaka est hospitalisé et meurt finalement de la tuberculose. Les premiers traitements efficaces pour cette maladie n'apparurent qu'en 1940-50. À l'époque où il prit la responsabilité du Shōtōkan, vers l'âge des 30 ans, il avait dépassé de 10 ans la limite de vie que les médecins lui avaient fixé. Son style très personnel est celui que plusieurs karatékas adopteront plus tard tel que Sensei Kase.

Le dojo Shotokan

KWF Algeria, Dojo ShotokanLa construction du dojo Shōtōkan débute en 1935 pour s’achever l’année suivante. Le dōjō se situe dans le quartier de Meijuroko à Tokyo. L’argent provient d’une collecte organisée dans tout le pays. Funakoshi arriva un matin au dojo pour apercevoir un écriteau au-dessus de la porte d'entrée sur lequel ses étudiants avaient écrit Shōtōkan, la maison de Shōtō. À l’origine, Shōtōkan désigne le bâtiment et non le style, “Kan” désigne le lieu, le dojo et “Shoto” est le pseudonyme sous lequel Funakoshi écrivait ses poèmes. Littéralement, Shōtō désigne l’ondulation des pins sous le vent.

Tora No Maki

KWF Algeria, Tora No MakiLe karaté de style Shotokan est habituellement représenté par le Tora No Maki, un symbole que l'on retrouve sur la couverture du livre de Gichin Funakoshi Karate-dō Kyōhan. Ce dessin a été peint par Hoan Kosugi, ami et étudiant de Gichin Funakoshi, artiste japonais réputé et président du Tabata Popular Club.

Il a fait ce dessin au pinceau spécifiquement pour illustrer la page couverture du livre de Funakoshi, et l'irrégularité du cercle indique qu'il l'a fait d'un seul trait. Le caractère vers le haut dans le quart de cercle du nord-est du cercle fait partie de la signature de l'artiste Kosugi, qui avait précédemment aidé le fondateur, est celui qui a convaincu Funakoshi de publier un livre qui a longtemps été considéré comme la bible du karate.